On connaissait la ville lumière, la ville rose, la ville éternelle et même la ville qui ne dort jamais, mais connaissiez-vous la ville hostile ? N’allez pas croire cependant que c’est le surnom que l’on donne à une ville connue pour détester les gens et tout faire pour les faire fuir ; il s’agit d’un concept qui définit la chasse aux « parasites » menées par certaines communes. Et qui, forcément s’attire les foudres de ceux pour qui ville et hostile ne devraient jamais cohabiter. Explications.

Le concept de ville hostile

Par « ville hostile », il faut comprendre stratégie appliquée par une commune, ou du moins une partie de ses habitants, pour éviter que les populations « indésirables » ne puissent s’implanter aux endroits stratégiques. Bien entendu, par « indésirables », il est bien souvent ici question de SDF qui, faute de logement, peuvent s’installer sur un banc ou sur le perron d’un immeuble pour passer la nuit ou faire la manche.

Il faut comprendre que la présence des SDF gène certains citadins (de la même manière qu’ils ne souhaitent pas voir poubelles et déjections envahir les trottoirs) mais surtout pose un problème aux commerçants qui estiment que la présence de ces sans-abri peut gêner leur activité en occasionnant une gêne auprès des clients. La réponse de ces individus pour contenir les quelques 130 000 SDF de France et les mener loin de chez eux est donc très simple : envisager le mobilier urbain de manière à les empêcher de l’utiliser à leur convenance.

Deux exemples concrets pour expliquer ce concept : le premier consiste à installer des boulons sur tout ce qui pourrait être utilisé par un sans-abri à la recherche d’un lieu ou se reposer ou dormir. Inconfortables et contraignants, ils fonctionnent à la manière des pièges destinés à éloigner les pigeons des rebords des fenêtres, tout simplement. Le deuxième exemple envahit les stations de train et de métro : les bancs sont remplacés par des rampes qui offrent un support relatif en position assise. Ainsi, il devient impossible de s’y allonger pour passer la nuit.

De l’autre côté du spectre, on constate également que les populations les plus aisées des grandes villes ont tendance à estimer leurs compatriotes comme eux estiment les sans-abris puisqu’à l’image des riches américains, nombreux sont ceux qui font le choix de s’isoler dans des quartiers fermés et sécurisé, interdits au tout-venant, bien entendu.

Les voix s’élèvent contre la ville hostile

En juin 2014, le Huffington Post publie une lettre ouverte assortie d’une pétition qui vise à demander une réflexion sur le sujet avec pour but de refaire de la ville de Paris « un espace de rencontres ». Cette lettre ouverte est à l’instigation de quatre hommes, chacun faisant figure de modèle dans son domaine d’activité puisqu’on y trouve Yoann Sportouch, urbaniste ; Jacques Bérès, co-fondateur de Médecins sans Frontières ; Sébastien Thiéry, politologue et Roland Castro, architecte urbaniste.

La demande est simple et s’appuie sur le précédent du 11 juin 2014 qui visait sur le même principe l’urbanisme de Londres qui venait d’installer des piques anti-SDF dans le quartier de Southwark. Cette pétition publiée par le site change.org aura d’ailleurs connu un énorme soutien populaire puisque ce ne sont pas mois de 90 000 britanniques qui l’ont signé en seulement quelques heures, preuve de l’émotion provoquée par ces dispositifs.

La ville hostile continue toutefois de se généraliser, moins par la faut des collectivités que par celle des particuliers, commerçants et syndics de copropriété qui cherchent à bannir les SDF de devant chez eux. Comme on dit souvent : « pas devant chez moi ». Alors, ces voix qui s’élèvent contre la vile hostile peuvent-elles enrayer le mouvement déjà bien amorcé ou faudra-t-il envisager la ville de demain comme un lieu privé où seule une élite sera la bienvenue ?

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